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Conversation avec Delphine Corcelle

Janvier 2022

Artiste plasticienne à Saint Jean de Gonville, département de l'Ain, France.



Delphine m’accueille dans sa maison à Saint Jean de Gonville, où les murs sont remplis de ses tableaux colorés, et où chaque détail décoratif est fabriqué de sa main – petites guirlandes, mobiles, lampes en papier, bijoux accrochés, etc. Delphine, dont la tenue turquoise et jaune fait écho à ses tableaux, m’explique qu’elle fabrique maintenant elle-même ses vêtements et chapeaux, sans patrons.

Je suis toujours en train de faire des essais. Je n’ai pas de prétentions, je cherche.

Tu es une artiste touche-à-tout ! Est-ce que tu as une confiance innée par rapport à tout ce qui est créatif ?


Oui, j’aime beaucoup me lancer des défis. J'essaie un peu de tout. Pour la couture, par exemple, je réfléchis beaucoup en amont, je fais mes patrons dans ma tête. Ça me vient parfois même la nuit, c’est comme un puzzle. On ne dirait pas mais c’est très créatif, la couture ! C’est très intéressant et ça permet d’avoir des pièces vraiment uniques.


Tu couds lorsque tu ne peins pas ?

Pendant le premier confinement, je peignais six à huit heures par jour. Au bout d'un moment, j’ai saturé, il fallait que je fasse autre chose – du coup je me suis fabriqué six robes d’été. Ça m’a beaucoup détendue ! Alors j’ai enchaîné sur des jupes, des pantalons, une veste avec des boutons en bois faits à la main aussi… C’était un boulot de folie ! Il a fallu que j’arrête pour reprendre la peinture, mais là j’ai envie à nouveau, ça me démange…



Est-ce que ta peinture est influencée par ces autres modes d’expression créative ?

J’ai toujours adoré les papiers, les perles, travailler avec des éléments cousus et décoratifs. J’utilise beaucoup d’éléments de collage – en Grèce par exemple j’avais collectionné des bouts de bottin téléphonique et ramassé des papiers dans la mer. Je m’en suis servie pour commencer certains de mes poèmes chromatiques.


Je collectionne aussi les graines, par exemple cette cosse qui vient d’un voyage au Sri Lanka. Et là dans ce tableau j’ai intégré des graines que mon fils me ramenait tous les jours de son chemin à l’école et que j'avais gardés. Ce tableau-là, je ne pourrais jamais m’en séparer ! Ça m’intéresse beaucoup, d’utiliser des graines – symboliquement c’est la vie, c’est le futur…


Tu expérimentes beaucoup en peinture aussi ?

Je suis toujours en train de faire des essais. Je n’ai pas de prétentions, je cherche. Quand mes élèves me posent des questions, il m’arrive de leur répondre que je ne sais pas, mais qu’on va chercher, qu’il faut faire des expériences. La technique que j’ai établie pour mes « poèmes chromatiques », je l’ai beaucoup travaillée et je la maîtrise vraiment bien maintenant, mais j’essaie différentes choses – il faut évoluer ! Je trouve dommage de se répéter. C’est pour ça que je commence ma nouvelle série que j’appelle mes « vaporeux » avec des éléments en trois dimensions qui me permettent d’utiliser de nouvelles techniques – avec toujours de la poésie bien sûr !



Où puises-tu ton inspiration ?

J’ai toujours la nature, et surtout la mer, comme source d’inspiration. J’aime la mer plus que tout, c’est mon rêve d’y vivre. Je m’appelle Delphine, ce n’est pas pour rien ! La première fois que j’ai posé le pied par terre sur cette île en Grèce, je m’y suis sentie tout de suite chez moi. Une fois par an je prends mes encres acryliques et mes papiers, et je vais travailler là-bas – je n’ai besoin que du coin d’une petite table pour peindre, et de la mer pour nager !


Dans son atelier, des dizaines de tableaux sont accrochés ensemble, comme un récif de coraux où les couleurs vibrent ensemble et se répondent…




Tu es très productive ! Est-ce que tu as eu des périodes où ça ne venait plus ?

Oui, après ma dernière expo je suis rentrée dans mon atelier et je me suis sentie perdue ! En fait j’avais réalisé mon rêve, et j’ai eu un grand vide… Pendant longtemps je n’ai rien fait, j’étais en panne. Je voulais faire autre chose mais je ne savais pas comment évoluer.


Qu’est-ce qui t’a aidé à te remettre sur pied ?

Ce qui m’a redémarrée, c’était d’abord de retourner en Grèce me ressourcer, et puis j’ai aussi collaboré avec un poète – j’ai créé des peintures en réponse à ses poèmes. J’ai retravaillé différents tableaux, en laissant plus de place au blanc cette fois-ci. Le blanc, c’est très important, mais c’est le plus dur – il faut savoir où le conserver pour trouver le juste équilibre… Mes poèmes chromatiques sont maintenant de plus en plus aérés, et je les trouve plus forts. C’est peut-être mon parcours passé de graphiste qui m’aide à comprendre tout ça.



Tu as récemment été diagnostiquée hypersensible ; comment est-ce que ton hypersensibilité affecte ton travail ?

Je pense que l’hypersensibilité fait probablement partie de l’instinct créatif pour beaucoup d’artistes. Moi je suis une vraie éponge avec des émotions très fortes, et j’essaie de transformer ce que je ressens et ce que je vois sur papier. Une chose que je remarque c’est que même s’il m’arrive d’être parfois triste, je n’arrive pas à créer des choses tristes ! En fait au fond de moi je dois avoir une âme heureuse.

Être hypersensible me permet aussi d’être plus à l’écoute des personnes qui viennent pour mes cours. Je ressens quand quelqu’un n’est pas bien, et les gens se confient plus facilement… Plusieurs personnes m’ont dit que mes cours sont leur bulle d’air !


Elle prépare ses encres acryliques, mouille un papier et commence à tirer des traits en déclinaison de verts et jaunes.



Comment te sens-tu lorsque tu travailles ?

Je suis concentrée sur le geste et la couleur. C’est une espèce de méditation. Je ne pense pas à mes soucis, je pense juste à ce que je fais. Je ne réfléchis pas trop, je me laisse beaucoup guider par le moment présent. Ça vient tout seul…

Parfois je me dis que c’est spirituel, que c’est un don. Sans être prétentieuse – car je suis pleine de doutes – je pense que quelque part les artistes ont un don.


Récemment pendant un de mes cours, j’ai peint des portraits, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps – je les ai peints sans réfléchir, sans faire trop d’efforts, et j’étais étonnée moi-même de voir le résultat.


Tu enseignes ce lâcher-prise à tes élèves ?

Ce que je dis à mes élèves, c’est qu’il ne faut pas se prendre trop au sérieux. Si on loupe quelque chose on peut toujours rattraper, et puis ce n’est pas grave, ce n’est que du papier ! Moi aussi je fais parfois des choses qui ne me plaisent pas, mais l’erreur sert à avancer. On ne peut pas tout réussir à chaque fois.



Tu ne planifies pas tes tableaux à l’avance ?

Si, mais souvent mon idée évolue en route ! Il y a toujours des surprises, mais en fait ça me permet de rebondir sur autre chose. Je me sers des défauts pour faire quelque chose de mieux que ce que je planifiais au départ. Et cet élément d’imprévu permet aussi de ne pas toujours faire la même chose.


Elle continue à appliquer couleur sur papier…


J’ai toujours besoin de terminer avec ces petits points… Tremper mon doigt dans l’encre, ça me fait du bien. C’est des trucs d’enfant, en fait, je suis en train de jouer ! Je trouve que c’est une chance… Je ne m’ennuie jamais ! Après si on peut apporter du bonheur à des gens, c'est encore mieux – leur donner quelque chose de beau, de poétique, qui fait rêver !



Le travail de Delphine est à découvrir sur : https://www.facebook.com/delphine.corcelle





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